Les voeux présidentiels

Les voeux présidentiels sont un pur exercice de communication. Aurélie vous explique pourquoi.

Tel l’Eurovision, les voeux présidentiels reviennent tous les ans, et possèdent l’étonnante faculté d’être décriés comme monument de ringardise, tout en faisant systématiquement des records d’audience. Vous êtes fous, et on vous explique pourquoi ce pur exercice de communication est irrésistible…

Pourquoi des voeux présidentiels ?

Pour inaugurer notre série d’analyse, profitons du passage à la nouvelle année. Notre premier cas d’école porte donc sur les vœux présidentiels.

Ce fameux rendez-vous incontournable de la vie politique française. C’est l’occasion pour le président de faire le point sur la situation du pays, ainsi que sur ses souhaits pour l’année à venir.

Le sens caché des voeux présidentiels

Enfin, ça, c’est en théorie. Parce que concrètement, l’exercice est surtout devenu un condensé d’Ethos, hautement prévisible d’une année sur l’autre. Le discours n’a qu’un seul véritable enjeu : paraître présidentiel et « en même temps » proche des gens.

Cette tradition bien établie et codifiée, on la doit sans surprise à Charles de Gaulle. Il laisse entrer des caméras à l’Elysée pour la première fois en 1959 afin de souhaiter ses vœux pour 1960.

Les tous premiers : Charles de Gaulle

Ce sont les débuts de la télévision. L’image est un instrument de communication très puissant, mais peu maîtrisé. Les vœux présidentiels de Charles de Gaulle sont à son image : long, solennels, bref remplis d’Ethos présidentiel. D’ailleurs, en 1962, il présente ses vœux pendant 18 minutes. Un record pour l’instant inégalé.

Les plus courts : Georges Pompidou

Avec Georges Pompidou, Ethos est très présent également. Mais les vœux sont très courts. Moins de 4 minutes en 1970. Ceci traduit bien l’esprit pragmatique mais peu communicatif du personnage.

Les plus innovants : Valéry Giscard d’Estaing

Avec Valéry Giscard d’Estaing, ou VGE pour les intimes, on entre dans une nouvelle ère, celle du Pathos. Rappelons que VGE fut pendant longtemps le plus jeune président de la Vème République. Il jouait donc sur son image dynamique et en rupture par rapport aux usages précédents. C’est ainsi qu’il est le premier à ne pas présenter ses vœux présidentiels depuis son bureau, mais plutôt au coin du feu crépitant.

Il tente même le tutoiement en 1975. Puis il apparaît avec sa femme en 1976, et il s’essaye à l’improvisation pour 1978.

Les plus étranges : François Mitterrand

Avec François Mitterrand, on revient à quelque chose de plus équilibré. Il introduit les drapeaux français puis européen en arrière plan, une marque d’Ethos. Mais son ton et ses messages font également la part belle au Pathos. On gardera bien sûr en mémoire ses derniers vœux présidentiels, et son fameux « Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas ».

Les plus debout : Jacques Chirac

Avec douze vœux à son actif, Jacques Chirac a eu le temps de se roder à l’exercice. On peut surtout noter une innovation. Alors qu’il inaugure sa première année de cohabitation, il apparaît debout pour ses vœux. Un détail, certes, mais qui peut être interprété comme une posture d’autorité dans un contexte compliqué. En bref, un message chargé d’Ethos, lui aussi.

Les plus en direct : Nicolas Sarkozy

En ce qui concerne Nicolas Sarkozy, le changement principal concerne l’introduction du direct, lors de ses vœux de 2007. Une manière de renforcer le Pathos du discours en instaurant un dialogue « direct » et de proximité avec les téléspectateurs.

Les plus politiques : François Hollande

François Hollande fera quant à lui le pari de vœux présidentiels plus politiques. C’est ainsi que le 31 décembre 2012 il prendra l’engagement de redresser la courbe du chômage. Une tentative d’Ethos peu inspirée.

Les plus « en même temps » : Emmanuel Macron

Nous arrivons donc à notre actuel président, Emmanuel Macron. Par bien des aspects, on peut voir dans ses vœux un condensé de ce que réalisaient ses prédécesseurs.

Ils sont presque aussi longs que ceux de Charles de Gaulle. On l’a vu debout pour ces vœux en pleine période de crise. Ce n’est pas sans évoquer la posture déjà adoptée par Jacques Chirac.

De prime abord, on est donc dans un discours marqué par l’Ethos. Plutôt logique pour le président « jupitérien ».

Cela ne l’empêche pas de faire appel pour partie au Pathos. La preuve avec le fameux tableau représentant Marianne, affiché aussi bien en 2017 qu’en 2018. On aperçoit principalement le « fraternité » de la devise. Un choix qui n’a rien d’un hasard.

Par ailleurs, le ton se veut pédagogique et compréhensif. C’est le cas par exemple avec l’utilisation d’expression comme « ces colères qui viennent de loin ».

On a donc un savant mélange d’Ethos et de Pathos. C’est assez similaire à ce que faisaient la plupart de ses prédécesseurs. Un discours classique et typique des vœux présidentiels sous la Vème République.

Le bon coup de com’ de ces vœux 2019 aura incontestablement été d’apparaître debout.