Aurélie, de l'agence de communication Rhetorike, décrypte pour nous l'exercice de communication qu'est le salon de l'agriculture.

Image d’Épinal de la rencontre entre le roi élu et son bon peuple crotté, le salon de l’agriculture est une véritable mise en scène de la société française telle qu’elle se fantasme. Pas étonnant que les journalistes, commentateurs politiques et communicants s’y penchent y aller de leurs commentaires. D’ailleurs, voici le nôtre.

Verbatim

Notre vidéo du jour est consacrée à l’évènement favori de la classe politique française : l’incontournable salon de l’agriculture. 

Dans sa forme actuelle, la première édition de la plus grande foire agricole d’Europe s’est tenue en 1964. Un évènement populaire qui affiche régulièrement des records d’affluence. Et qui devient très vite un passage obligé pour tout aspirant aux plus hautes fonctions de l’État qui se respecte. À plus forte raison lors des campagnes présidentielles ! 

Il faut dire que le salon, traditionnellement ouvert par le président de la République, est l’occasion idéale pour faire preuve de Pathos en allant directement au contact de la population. Le but est de séduire le public via sa bonhommie naturelle et son amour des bons produits français.   

Évidemment, tous les hommes politiques n’ont pas le même rapport au Salon de l’agriculture. L’exemple le plus fameux est celui de Jacques Chirac, le champion incontesté de cet évènement. Sa pratique des bains de foule restera célèbre, de même que sa capacité à goûter à tous les produits qui lui étaient présentés. Bon, entre temps, ses proches ont révélé son secret : il trinquait, mais faisait semblant de boire. Une petite tactique nécessaire pour qui ne veut pas finir dans un coma éthylique avant la fin de sa visite.  

À l’inverse, François Mitterrand ne s’est rendu au Salon que lors d’une seule édition, en 1981, alors qu’il était en pleine campagne. Une fois président, il laissera la tâche d’ouvrir le Salon à ses ministres de l’Agriculture successifs. Selon certaines sources, il aurait même déclaré, en parlant du Salon, « laissons ça à Chirac ». Assez compréhensible, quand on connaît le penchant de Mitterrand pour une communication chargée d’Ethos. En laissant cette tâche à ses ministres, François Mitterrand prenait de la hauteur et renforçait ainsi sa posture de président de la République.  

Nicolas Sarkozy sera dans une position plus compliquée vis-à-vis du fameux Salon. C’est en effet lors de l’édition de 2008 qu’a eu lieu l’épisode du célèbre « casse-toi pôv’ con ». Inutile de dire que niveau Pathos, c’était plutôt raté. En revanche, il se démarquera profondément de son prédécesseur avec une remarque mêlant habilement Ethos et Logos : « c’est sympathique, mais ce n’est pas au nombre de mains serrées que l’on va résoudre les problèmes des agriculteurs ». 

François Hollande sera quant à lui sur la même position que son homologue corrézien. Le président socialiste, avec son slogan du « président normal », était en effet positionné sur une communication faisant la part belle à Pathos. S’en suivait donc chaque année un véritable marathon d’une dizaine d’heures aux côtés des agriculteurs, à « taper le cul des vaches », selon l’expression consacrée. 

Emmanuel Macron est dans la droite lignée de François Hollande et Jacques Chirac. Le plus jeune président de la République aime battre les records. Il en établit un en 2018, avec 12h de visite, et se paie le luxe de faire encore mieux cette année avec une visite de plus de 14h ! Un exercice de Pathos évidemment utile, le chef de l’État étant depuis quelques mois en période de turbulence. L’histoire entre le président de la République et le salon de l’agriculture avait pourtant mal commencé, si on se rappelle de l’œuf qu’il avait pris sur la tête lors de sa visite pendant la campagne présidentielle en 2017.  

Même s’il s’agit d’un bon exercice de communication, cela reste malgré tout limité, comme l’avait déjà suggéré Nicolas Sarkozy en 2010. En étant uniquement sur ce registre du Pathos, sur cette image d’homme politique proche des agriculteurs et du terroir uniquement à l’occasion du Salon, on s’expose à des retours de bâtons, car Pathos ne fait pas tout. Cet écueil a été résumé par un homme politique qui connaît bien le sujet, José Bové, qui déclara en 2007 : « C’est pas simplement en tapant sur le cul des vaches qu’on défend l’agriculture ».