Aurélie analyse le discours politique des dirigeants du Royaume-Uni en plein Brexit.

Le discours politique façonne le monde. Parfois il nous rassemble pour envoyer des hommes sur la Lune. D’autres fois, il nous divise en désignant une nation comme ennemie. Dans le cas du Brexit, c’est un peu particulier, car la notion de suicide collectif national est assez inédite. Un véritable drame européen, mais un régal sur le plan de la communication

Mission impossible pour Theresa May

Bonjour à tous ! Ou plutôt devrais-je dire « Hello ! », puisque notre sujet du jour va concerner nos petits camarades d’outre-Manche. 

A moins de vous être enterrés au fond d’un bunker au cours des dernières années, vous n’êtes normalement pas sans savoir que le Brexit est sur le point d’aboutir. Une actualité brûlante qui mérite bien que l’on s’intéresse aux acteurs principaux de cette histoire, à commencer par celle qui tient le premier rôle : Theresa May

L’actuelle première ministre britannique se retrouve dans une situation particulièrement complexe, dont elle ne sortira sans doute pas indemne.  

Pourtant, si l’on se penche sur les circonstances qui l’ont porté au pouvoir, ça ne se présentait pas si mal.  

Brexiter n’est pas jouer

Faisons donc un léger retour en arrière. En 2015, David Cameron a l’excellente idée de lancer le référendum sur le Brexit, tout en faisant lui-même campagne pour le « Remain ». Arriva ce qui devait arriver, le Brexit l’a emporté, et David Cameron… s’est tiré. Les principaux leaders en faveur du retrait du Royaume-Uni de l’UE, en particulier Boris Johnson, n’ont pas fait preuve de beaucoup plus de courage. Ils ont laissé la place à quelqu’un qui était resté neutre pendant le référendum, notre pauvre Theresa May.

Un leader plutôt légitime, au début

Mais à l’inverse de ces hommes aujourd’hui largement critiqué au Royaume-Uni, Theresa May commençait son mandat avec quelques atouts. D’abord, émerger comme leader en pleine période de crise, c’est plutôt bon pour l’Ethos. 

A cela s’ajoute une donnée historique. Theresa May est en effet la deuxième femme à prendre les responsabilités au Royaume-Uni, après Margareth Thatcher

La symbolique est puissante. N’oublions pas que la Dame de Fer est à la fois la figure politique britannique la plus admirée et la plus détestée du pays. En tant que leader des « Tories », Theresa May incarne parfaitement cet héritage, ce qui renforçait son Ethos.  

Le prix d’une campagne de communication politique ratée

Aussi étonnant que cela puisse paraître au vu de la situation actuelle, Theresa May était à l’apogée de son influence au début de l’année 2017. Lorsqu’elle convoque des élections générales anticipées pour juin 2017, la presse salue massivement cette décision stratégique. Tout le monde est alors persuadé qu’elle sortira renforcée de ces élections, ce qui lui permettrait d’avoir le champ libre pour négocier avec l’Union Européenne.  

Evidemment, les choses ne se passent jamais comme prévu en politique. Les Tories et Theresa May mènent une très mauvaise campagne. Alors qu’en parallèle le Labour de Jeremy Corbyn renaît, pour ainsi dire, de ses cendres. Un véritable retournement de situation à lieu.

Ethos prend la fuite

Le parti conservateur s’effondre et Theresa May perd sa majorité absolue. Du point de vue du discours, elle perd dans l’affaire toute possibilité de recours à l’Ethos. Depuis cette première crise qui a bien failli lui coûter son poste, Theresa May les enchaîne. Elle se retrouve cantonnée à son rôle de négociatrice avec l’Union, sans aucune marge de manœuvre.  

Logos endort tout le monde

Cela se ressent dans son discours qui ne fait plus appel qu’à Logos. Theresa May est enfermée dans un discours purement rationnel et sans grande saveur.  

Avec ce constat, on comprend aisément sa décision de décembre 2018 de ne pas conduire la future campagne de 2022. 

Pathos tient le parlement

Pour ce qui est des adversaires de Theresa May dans cette histoire, on peut évidemment offrir un badge Pathos aux parlementaires britanniques. Qu’ils soient pro ou anti Brexit, tous font preuve de la même mauvaise foi et du même déni de la réalité

A l’inverse, l’Union Européenne fait preuve d’une surprenante solidarité sur ce dossier, affirmant avec force un discours mêlant Ethos et Logos qui renvoie le Royaume-Uni à ses responsabilités.  

Quant à Theresa May, malgré une utilisation massive d’Ethos entre 2016 et 2017, elle ne mérite plus aujourd’hui qu’un badge Logos. Quelle que soit la conclusion de ces négociations sur le Brexit, la carrière politique de Theresa May est déjà terminée, sacrifiée sur l’autel d’un défi impossible que quelqu’un devait pourtant bien tenter de relever.