Leçons (im)pertinentes

Ethos, Pathos et Logos : les mousquetaires du discours

Il était une fois, un type en toge qui se faisait appeler Aristote. À Athènes, c’était le slameur le plus en vogue, dont l’un des fans s’appelait Alex le Conquérant. Son maître Djédy, Platon, avait disparu, coincé, apparemment avec une bougie, dans une grotte. Depuis, tout le monde plagie son travail.

Gérard, en tenue de combat, révise ses arguments en prévision de son prochain CODIR.

Aristote a donc eu une fulgurance. Pour être entendu et pour que ses textes aient le lyrisme de la chanson française actuelle, il fallait s’appuyer sur trois ressorts rhétoriques : l’ethos, le pathos et le logos. Sans eux, pas la peine de prendre la parole, votre discours sera oublié aussi vite que la 15e chanson de l’Eurovision 1997 (Antes do adeus, interprétée par Célia Lawson qui ne récolta aucun point).

Mais qui sont ces mousquetaires du discours ?

Ethos, c’est la crédibilité. C’est la posture de la personne (ou de l’entreprise) qui prend la parole. Paul Bocuse qui vous parle de cuisine, Winston Churchill qui vous parle de résistance. Ce n’est pas Nabilla qui vous parle de finances internationales. Ethos, c’est le chef de la bande. Sans lui, pas la peine de vous exposer.

Pathos, c’est l’émotion. Le ressort PRÉFÉRÉ des communicants. Si facile à utiliser. Si difficile à maîtriser. Un peu comme passer le balai. Bref, Pathos fait pleurer, rire, gêne, met en colère, choque. Mais Pathos n’est pas seulement un fourbe qui s’en prend à vos sentiments. Il est plus subtil que cela. Pathos joue avec notre culture commune. Avec nos références partagées. Pathos vous parlera de Pinocchio pour parler d’un menteur pour qui vous devez avoir de l’indulgence. Il vous demandera si vous êtes Star Trek ou Star Wars. Il vous amadouera tellement qu’il vous parlera des Chocos BN® de la récré, et vous en aurez instantanément le goût et la nostalgie. Méfiez-vous de Pathos.

Enfin Logos. C’est l’Agnan de la bande. C’est la force de la raison et de l’argument. Car sans structure et sans but, votre discours ne sera pas compris. Pire votre démonstration ne tiendra pas debout.

Vous l’aurez compris, l’art du discours tient à un jeu d’équilibriste. À une balle au prisonnier entre trois concepts d’un autre temps et qui pourtant sont indémodables.

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