Cultures en pots

La communication politique selon The Thick of It

Série satirique anglaise, The Thick of It est un des joyaux de la couronne de la BBC. Pour le communicant, elle a deux mérites. D’abord, elle fait rire (jaune). Ensuite, elle permet de mesurer le fossé avec le Royaume-Uni sur le traitement de la communication des organisations politiques et des discours des chefs de partis.

Vous avez vu tout West Wing et vous pensez être incollable sur les campagnes électorales ? Sur les subtilités des éléments de langage des dirigeants politiques ? Vous pensez pouvoir proposer vos services de spin doctor à votre vieux copain des bancs de l’ENA qui vient de kickstarter le Parti Pas Pareil (le 3P pour les intimes…) ? Eh bien, si vous ne connaissez pas The Thick of It, vous allez droit dans le mur…

Partis politiques en ultra-VO

J’avoue ne plus savoir comment je suis tombé sur une pareille série. Ni traduite ni sous-titrée en français, il faut dire qu’elle se mérite. Même un bon niveau d’anglais est à peine suffisant pour parvenir à lire l’argot utilisé par les personnages de cette fiction politique. Quant à parvenir à déchiffrer par la seule oreille les accents à couper au couteau, il y a de quoi se crever les tympans. Mais si vous surmontez ces écueils, il est possible que vous touchiez au Graal de la série politique. Et puis on en avait déjà parlé dans un épisode de notre comic strip.

La communication politique est un univers drôlement (im)pitoyable

C’est enfoncer une porte ouverte, mais l’univers politique anglais – et donc de la communication – est absolument sordide. La célèbre citation de Churchill sur la démocratie vient immédiatement à l’esprit. Et c’est certainement parce qu’il n’y a rien de mieux que l’on s’inflige de supporter de tels appareils politiques.

On suit donc les aventures d’une bande de bras cassés aux commandes d’un « super ministère » des affaires sociales et de la citoyenneté. Mais pas de chance, le terrible spin doctor du 10 Downing Street empêche tout ce petit monde de ronfler. Peter Capaldi campe un formidable Malcolm Tucker, dont les foudres n’épargnent personne. Chefs de parti, sbires, autres spin doctors, tout le monde finit par avoir affaire au terrible écossais. En général sous la forme d’une mémorable tirade composée à 95% d’insultes devenant autant de répliques cultes.

communication politique chef de parti campagne électorale discours de dirigeant
Malcolm Tucker et les winners du DoSAC © BBC

Quatre saisons et un film de très bon facture boucle un sujet aigre-doux dont le traitement fait honneur au service public. En effet, la BBC n’hésite pas à utiliser l’argent du contribuable anglais pour lui servir une satire politique dont la férocité n’a certainement d’égal que la sagesse multi-centenaire de sa démocratie. Consolons-nous, nous avons un si grand soleil en France…

Toujours pas de cohabitation en vue entre la politique et la communication sous nos latitudes

Alors, que retenir des aventures de Malcolm Tucker et d’Ollie Reeder ? Eh bien paradoxalement que le système anglais … fonctionne. Si l’on peut discuter à loisir de la moralité d’avoir recours à un professionnel de la communication politique, on ne peut que regretter en France l’inexistence d’experts sérieux et de mandataires capables d’écouter. A moins d’éprouver une satisfaction masochiste de messages inintelligibles successifs marquant toujours plus la fracture avec les électeurs.

Sorte de quatrième pouvoir non constitutionnel, la communication joue en Angleterre alternativement le rôle d’huile et de grippant dans les rouages. La classe dirigeante est écornée dans son intégralité, droguée aux discours et confondant moyen avec finalité. De son côté, la propagande communication en prend aussi pour son grade, ivre de sa puissance sans substance. Elle oublie souvent qu’elle ne tire pas sa légitimité des urnes, mais d’un simple contrat commercial.

Et qu’un autre pouvoir, celui des médias, veille au grain. On oublie en effet qu’on ne regarde pas un reportage, mais bien une satire produite par le service public. Et l’on se prend à rêver d’une telle maturité dans nos contrées…

Catégories :Cultures en pots