Les trois-huit

Le drame silencieux de la page blanche

Il est des jours où l’on se dit qu’on aurait mieux fait de rester au lit à regarder le plafond. Ainsi, j’aurais peut-être été plus inspirée d’inspecter les reflets de la lumière au-dessus de moi qu’à scruter la page vide sur mon écran ordinateur.

La liberté de se tromper

Si au moins, je pouvais la tenir entre mes mains, cette fichue feuille blanche. Je pourrais y griffonner quelques idées, même idiotes. C’est vrai quoi, je n’ai même plus de loisir de chiffonner mon papier de désarroi ou de colère. D’ailleurs, c’est quand la dernière fois que vous avez chiffonné une feuille de papier ? C’est passé de mode. Et ça prend plus de place dans la poubelle de recyclage. Pourtant, ce geste simple est salutaire pour les nerfs, le chiffonnage n’a rien de définitif. Par exemple, on peut, parfois avec honte ou lâcheté, reprendre la feuille rejetée et patiemment la déplier et l’aplanir. Aussi étrange que cela paraisse, la feuille de papier est plus indulgente en somme. D’autant plus que l’erreur est possible, même sans touche « effacer ».

Le vide de la liberté

Me voilà donc, en cet après-midi pluvieux propice à la rédaction d’un article très inspiré sur la vie de bureau, en train de sécher. La page blanche c’est l’écueil de la liberté. C’est l’équivalent de cette peur face aux grands espaces. La page blanche exige que l’on se dévoile, que l’on donne tout ce que l’on a pour la remplir. D’ailleurs, mon sentiment d’incapacité est caractéristique de cette difficulté à oser. Quand je dois rédiger pour autrui, ou pour un sujet contraint, les mots viennent facilement. Mais si je suis seule à bord, le jeu est plus ardu. Comment faire alors ? Paraphraser une actualité ? Pas mon style. Dénoncer un scandale quelconque ? Pas l’endroit. Prendre le dictionnaire et se donner une chance d’être inspirée ? Pourquoi pas. Je tombe sur le mot : « blanc : qui n’est pas écrit. Intact ». Tout un programme.

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