Leçons (im)pertinentes

Barnum et Forer sont dans un bateau…

Si vous êtes un lecteur assidu de notre bande dessinée (et nous savons que vous l’êtes), vous êtes d’ores et déjà sensibilisé à l’effet Barnum. Mais d’où vient exactement ce phénomène bien plus important qu’on pourrait le croire au premier abord ? La paternité est attribuée au psychologue américain Bertram Forer, d’où la possibilité de parler également d’un « effet Forer ».

« Vous avez besoin d’être admiré, et pourtant vous restez critique avec vous-même… » 🤓

En 1948, le professeur distribua des tests de personnalité à ses étudiants. Au lieu de se baser sur leurs réponses pour établir les résultats, il leur rendit à tous un court texte descriptif parfaitement identique, construit à partir d’un recueil d’horoscopes, puis leur demanda de noter la pertinence de l’évaluation. Verdict : une moyenne dépassant 4/5, y compris sur des réitérations de l’expérience. D’autres psychologues sont arrivés aux mêmes conclusions, et l’un d’eux finit par désigner cela comme l’effet Barnum en référence au « roi des mystificateurs », Phileas T. Barnum, célèbre homme de cirque du XXsiècle. Si vous n’avez toujours pas compris, demandez à Michel dans l’épisode « Amis un jour, amis toujours » de la minisérie Pigeons et dragons disponible sur Arte.

Michel de Pigeons et Dragons

Michel, votre nouveau meilleur ami de 30 ans, aussi vendeur de l’éplucheur magique, disponible sur vos marchés le week-end. © Arte

Et pourquoi on en fait tout un cirque ? 🤔🤔

En bref, l’effet Barnum est un biais cognitif et la technique de manipulation favorite des astrologues ou de tout un tas de gens peu recommandables adeptes des pseudosciences et de l’argent facile. Au-delà du seul effet Barnum/Forer (on vous laisse choisir), des biais cognitifs similaires se retrouvent dans d’autres champs, et conduisent bien souvent à remettre en cause contre toute logique des faits scientifiques établis. En témoignent les disputes sur l’homéopathie ou les vaccins. Heureusement, la Science (oui, avec un grand S) se défend, et notamment par le biais d’un champ d’étude au nom barbare : la zététique, ou l’art du doute.

Zétéquoi ? 📚

Si on vous parle de tout ça, c’est parce que l’exploitation de ce genre de biais n’est pas l’apanage des seuls bonimenteurs. Que ce soit dans le marketing, en politique ou bien sûr dans la com’, ces biais sont bien connus et parfaitement maîtrisés. Il faut dire que notre cerveau ne nous aide pas beaucoup. Aussi complexe soit-il, son programme le plus fondamental reste la survie. Et le mécanisme le plus utile à la survie, c’est la peur, qui n’est pas vraiment ce qu’on pourrait appeler un phénomène rationnel. C’est ce mécanisme qui fait que l’on portera bien plus d’attention aux mauvaises nouvelles qu’aux bonnes. Dans les années 70, le sociologue américain MacLuhan déclarait, ainsi : « Good news is no news ». Tout simplement parce que notre cerveau est influencé par un biais négatif destiné à renforcer la mémorisation par le stress et l’émotion ressentie à l’annonce d’une mauvaise nouvelle. Eh oui, la vie est mal faite, on apprend plus vite de la douleur que du plaisir.

Méfiez-vous de votre cerveau ! 🧠

C’est pour cela qu’il faut douter, y compris de soi-même, et regarder avec méfiance les croyances populaires, les dogmes et les préjugés. Alors plutôt que de vous faire avoir par les campagnes de pub ou par Psychologie Magazine, ayez recours au rasoir d’Ockham ou lisez Karl Popper. Vous verrez, c’est soporifique, mais c’est ça fortifie la tête.

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