Les trois-huit

Applejack et la conduite du changement en entreprise

Je ne sais pas si cela vous arrive, mais moi si et assez régulièrement : la télé me parle. Attention, je ne parle pas d’une expérience mystique où le présentateur de ce magnifique robot multifonction pour 49,99€ s’arrêterait dans son interminable tirade pour me regarder droit dans les yeux en m’ordonnant de construire une Arche, mais plutôt de ce que l’œil distrait peut parfois capter sur des situations sans aucun rapport avec vos préoccupations.

Prenez ce cas de figure : il arrive parfois ce moment dans le week-end où vous avez un trou dans votre planning de GO du Club Med pour moins de 7 ans que vous animez 52 semaines par an et, après avoir épuisé différentes stratégies visant à retarder l’inévitable, vous allumez dans un moment de faiblesse coupable la télé pour mettre un dessin animé. Evidement, vous minorez votre faute éducative en procurant un programme de qualité disponible sur un média payant sans publicité afin de ne pas polluer le temps de cerveau indisponible de vos chères têtes blondes.

Et pour faire le gap 3-7 ans, vous mettez My Little Pony.

Alors pour ceux qui ne savent pas ce que c’est, en faisant croire aux autres qu’ils n’ont pas la télé parce qu’ils lisent des livres en famille, My Little Pony est anciennement un épouvantable dessin animé destiné à vendre des jouets aux enfants. Mais ça, c’était avant le reboot qui fait qu’aujourd’hui My Little Pony est un formidable dessin animé destiné à vendre des jouets aux enfants.

Et selon la jurisprudence Pixar, un enfant de CSP+ qui regarde la télé a toujours un adulte dans les parages qui vérifie le contenu donc, tant qu’à faire, autant coller une seconde grille de lecture pour que ledit adulte vienne s’assoir sur le canapé, passe un bon moment, et devienne prescripteur pour la prochaine fois qu’il accompagnera son enfant au supermarché pour le pourrir de « t’as vu y’a des supers jouets My Little Pony, attends je te prends la palette ».

Applejack's Day offf

De l’art de distribuer la nourriture aux cochons… © Hasbro

Bref, me voici en train de comater devant un épisode du fameux dessin animé et la télé me parle. Pour les curieux, il s’agit du « jour de congé d’Applejack ». Rapidement, Applejack est un poney qui travaille à la ferme et cette dernière éprouve des difficultés à se libérer du temps pour accompagner son amie, Rarity, la superficialité incarnée, au spa. Cette dernière, fâchée de ne pouvoir profiter de la compagnie de sa camarade stakhanoviste, fait intervenir un troisième poney, Twilight Sparkle, le schtroumpf à lunette local, et son sidekick, Spike, porcinet version dragon, afin de remplacer Applejack le temps de s’éclipser une heure. Afin d’aider sa camarade, Applejack laisse une liste de tâches à Twilight.

Mais voici qu’à peine arrivées au salon, une crise se présente. Une fuite entraîne un cercle vicieux entravant la jouissance paisible des équidés accros à la vapeur : la baisse de pression fait que le sauna monte moins vite en chaleur, que les poneys devant patienter se drapent dans des serviettes chaudes, ce qui entraîne une importante consommation d’eau bouillante pour les laver (les serviettes, pas les poneys), ce qui tire encore plus sur la chaudière, etc. Et Applejack de résoudre le problème d’un coup de clé à molette bien placé sur l’installation alors que la gérante, parant à l’urgent, s’épuisait dans la gestion hasardeuse de conséquences.

Là où les scénaristes donnent une petite leçon à notre sympathique agricultrice, c’est que Twilight Sparkle, pendant ce temps, n’a pas réussi une seule des actions lui incombant. Pourquoi ? Eh bien parce qu’elle a suivi précisément les instructions à la lettre, ce qui ne pouvait qu’aboutir au désastre. En effet, Applejack, comme la gérante du spa, a fini par créer un processus de production tenant plus de la machine de Rube Golberg que de l’exploitation agricole moderne. Comme pour la vapeur, elle a traité les problèmes les uns à la suite des autres, empilant des rustines qui ont finit par dévorer son temps, en oubliant l’essentiel. Une vraie leçon de management.

Et là, j’ai vu la surpuissance des dessins animés contemporains, dont la profondeur est parfois insoupçonnée. La télé me parle, je vous dis !

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