Tribulations actives

L’enfer, c’est les autres à La Poste

Pour tout individu à tendance légèrement misanthropique, des lieux sont définitivement à proscrire. C’est notamment le cas du principal bureau de Poste d’une agglomération, tout particulièrement sur le temps du déjeuner. Véritable Cour des Miracles des temps modernes, on ne serait pas étonné d’y croiser Quasimodo au détour de deux machines automatiques.  

Difficile néanmoins d’y échapper, du moins lorsqu’on est déterminé à récupérer un colis commandé sur la plateforme de ce cher Jeff Bezos, et pour lequel le livreur n’a pas pris la peine de sonner à l’interphone, ledit colis finissant donc au fameux bureau des miracles. 

Armée de mon avis de passage, je profitais donc un midi de ma pause méridienne pour tenter d’obtenir mon dû. L’affaire de quelques minutes avant de pouvoir me sustenter, pensais-je naïvement. Quelle déconvenue, sitôt face à une file d’attente digne d’un parc d’attractions et s’étendant jusqu’au dehors du bâtiment !  

Là où les choses coincent, c’est que la taille est loin d’être le principal écueil. Loin de là même. On devine le caractère farfelu des demandes des clients aux seuls soupirs à peine discrets des postiers.   Il est par ailleurs tout bonnement fascinant de constater le nombre de personnes faisant la queue pour finalement se voir renvoyer vers une machine automatique. Je ne peux que saluer la patience des agents de La Poste, alors que cette automatisation d’une partie des tâches devrait commencer à rentrer dans les mœurs. A croire que certains aiment faire la queue pour rien, tels les soviétiques de la série Au service de la France 

Les choses devinrent plus croustillantes encore lorsqu’une inconnue tenta subrepticement de s’insérer dans la file derrière moi, au moment où j’allais justement passer, déclenchant l’ire de ma jusqu’alors voisine de derrière, beaucoup moins distraite que n’avait semblé le croire la fraudeuse pressée. S’en suivit donc un crêpage de chignon en règle tandis que j’étais heureusement exfiltré de la file transformée en champ de joute.  

Candide que je suis, je pensais enfin toucher des doigts la délivrance, mais que nenni ! La sentence de l’agent tombe tel un couperet : « le numéro n’est pas bon ». Imaginez mon dépit : on me suggérait d’ores et déjà de revenir un autre jour, où d’aller voir dans un autre bureau de Poste. Perdre son temps est une chose, mais perdre son temps pour se voir annoncer qu’on est juste bon à en perdre de nouveau le lendemain en est une autre. Le plus dur étant sans conteste de devoir supporter de nouveau cette foule de clients pittoresques.

Arbeiter am Fliessband - versenden von Paketen im Onlinehandel // Conveyor belt workers - send parcels in online trade

T’as vu Gérard ? C’est marqué “Monsieur Granchette” ! C’est rigolo, non ? Et si on le faisait passer par Abou Dabi ?

Après plusieurs minutes où je ne peux que remercier l’acharnement de la postière à résoudre mon problème, la solution fut finalement trouvée : le livreur avait renvoyé le numéro vers la catégorie « lettre » et non « colis ». Errare humanum est, j’imagine. 

Je réussis donc à quitter le bureau de Poste victorieux, mon colis sous le bras, tandis que la file d’attente continuait de pester sur cette dame fort malpolie ayant grillé la politesse de tout le monde.

 

 

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