Cultures en pots

Colony

Là, je devrais vous parler de la série Colony, mais je vais présentement évoquer le Musée des Blindées de Saumur. Par un concours de circonstances absolument étonnant, je suis retrouvé samedi dernier route de Fontevraud, et, au lieu de jeter mon dévolu sur une quelconque cave pour déguster un cru local, je me suis prêté au jeu de piste en suivant les panneaux jusqu’à l’entrée dudit musée.

Broum, vroum, poum !!!

Bon, on peut penser ce que l’on veut sur la chose soldatesque, militaire, guerrière et toussa, mais on se surprend vite à sentir puérilement ses résistances fondre les unes après les autres face à des ####### de gros chars. Car voyez-vous, un char, c’est un peu comme un gros camion avec en plus un gros canon dessus. Et vous direz ce que vous voudrez, c’est quand même le combo de la mort pour le petit garçon – et la petite fille, car les petites filles de maintenant jouent à la guerre, n’est-ce pas – qui sommeille en vous.

Une dizaine de salle et recoins débordent d’environ 200 blindés, ce qui ramené à la tonne par mètre carré doit certainement peser un sacré tassement de terrain, alignant à peu près toutes les nationalités ayant accédés à ce niveau de raffinement technologique pour faire valoir vigoureusement ses points de vue sur son voisin (touss, touss…).

Évidemment, l’amateur de Seconde guerre mondiale — fan refoulé du IIIe Reich dans 95 % des cas — rode pour trouver son compte de Panzerapfelstrudel ou encore de Jagdkartoffeln, et ne manquera pas de vous chopper la jambe afin de vous saouler avec ses théories uchroniques foireuses. Vous pourrez alors faire un pas de côté pour aller voir les engins contemporains.

Man in a night-vision device shows thumb. All cool!

Gérard, particulièrement enthousiaste lors du dernier séminaire de team building du service comptable.

Et là, si le Merkava israélien est enthousiasmant, un autre se démarque nettement du lot. C’est bien simple, on dirait un truc directement tiré de Command and Conquer (Tiberian Dawn, hein, le vrai), et je ne vous dis absolument pas ça parce qu’il sort des usines GIAT, ni qu’il est français. Mais tourner à pied autour d’un char Leclerc est une expérience étrange. Au bout de 150 véhicules, on pense ne plus être surpris, mais si : il ne n’est pas taillé pareil. Ramassé et assez haut, il dégage l’impression d’être incroyablement massif, et donne le sentiment d’être particulièrement menaçant. Même à l’arrêt.

« Toute résistance serait futile »

Alors, c’est quoi le lien avec Colony ? Eh bien la résistance, pardi ! Elle a son allée et son véhicule blindé clandestin, le « Léonce Vieljeux », que ne renierait pas un Viktor Antonov pour un Half-Life 2 ou Dishonored. Et Colony est précisément une série sur la résistance.

Le pitch est simple : dans un futur proche, de grands murs (une centaine de mètres de hauteur, au bas mot), ceignent quelques villes restantes après une brève et rapide conquête extra-terrestre de l’humanité. Traitement original d’un sujet plutôt courant (des Envahisseurs à Falling Skies pour ne citer que ces deux-là), le spectateur n’en sait guère plus, restant cloué au sol avec une population désabusée. Les aliens sont quasiment invisibles, l’organisation et la gestion de l’occupation étant déléguées à certains humains.

Peut-être que notre histoire nous donne une sensibilité particulière au sujet de la résistance et de la collaboration, on ne peut que saluer une écriture toute en finesse et jamais manichéenne. Bref, quelques collabos et quelques résistants compliquent considérablement l’existence d’une population qui, de toute façon, trinque. Et prendre position dans ce bazar, d’un côté comme de l’autre et quel qu’en soit la raison, c’est toujours aboutir à quelque chose de dégueulasse.

Sur ce point, on saluera le jeu de Sarah Wayne Callies (l’infirmière de Prison Break et la femme de Rick dans Walking Dead) qui découvrira le poids de ses choix, tandis que Peter Jacobson (le docteur Taub dans Doctor House) campe un délicieux salaud un peu plus complexe qu’il n’y parait au premier abord (un peu comme un Gouverneur qui aurait VRAIMENT été convainquant, m’voyez). On remercie enfin un showrunner capable de traiter un pareil sujet en conservant un TV-14 aux US, ce qui nous évite les scènes de snuff movies habituelles…

Ah, on me souffle dans l’oreillette que la série est annulée après la saison trois qui n’est pas encore sortie en France… En attendant que Netflix ou Prime viennent à notre secours, on pourra relire sur le sujet La France de Vichy de Paxton, et continuer de sonder l’âme humaine par delà le Bien et le Mal.

Colony, une série en deux saisons (la troisième est en cours aux US), disponible sur Netflix.

Le Musée des Blindés, une exposition dont l’odeur d’huile vient des moteurs et pas des tableaux, disponible à Saumur.

Command and Conquer : Tiberian Dawn, un grand STR, dont la version freeware disponible ici explique aux jeunes générations qu’avant Starcraft 2, on jouait à des vrais jeux.

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