Leçons (im)pertinentes

Sisyphe et la presse écrite

La mythologie selon Rhêtorikê – épisode 3

Définissons d’abord le contexte : Sisyphe est un gars qui campe dans le désert dans ce qui ressemble à un piège de fourmilions, sous une tôle, et qui mange des petits poulpes des sables. Après, une grosse boule en métal roule du haut du piège, et le pauvre Sisyphe doit la faire rouler jusque dans le trou. Puis après, la voix off de Zeus lui dit qu’Ulysse va arriver en vaisseau spatial avec Nono, et qu’il peut tenter de lui donner sa place. Après, je me souviens plus trop de cet épisode d’Ulysse 31, mais je suis sûr que, comme moi, vous continuez de faire des cauchemars au moment où Sisyphe tente de détruire la machinerie cachée sous la planète, et que les plaques de métal arrachées reviennent toutes seules à leur place.

La presse écrite, c’est un peu glauque comme un épisode de manga. C’est l’histoire de tirages qui n’en finissent plus de dégringoler, corrélés à l’émergence des contenus gratuits en ligne qui, grâce à de la magie noire et une légion de fétiches arumbayas, réussissent à faire croire au lecteur que des trucs gratuits existent (balaise) et que voir cinquante-sept fois la même info avec les mêmes fautes d’orthographe sur autant de sites la rend encore plus fiable (très très balaise).

Chez Rhêtorikê, nous lisons deux journaux : un grand quotidien national (on vous laisse deviner lequel, entre celui du marchand d’armes, celui de la banque et celui des vendeurs de tuyaux d’Internet) et un grand quotidien local (il y en a au moins deux !). C’est cher, c’est vrai. Mais on ne voit pas trop comment s’informer correctement autrement, ni comment avoir des sources un tant soit peu fiables pour nos différents travaux professionnels.
Donc, nous sommes abonnés. Donc, totalement à contre-courant du moment, un vrai truc de rebelles !

C’est là que commence le drame.

D’abord, parce que pour les deux quotidiens, national et local, il faut téléphoner pour avoir sa facture tous les mois. Oui, oui, vous avez bien lu : té-lé-pho-ner. Avec un robot qui tente de faire barrage avec les touches. Ensuite, vous avez un gestionnaire (tous très gentils, soyons justes), à qui vous exposez le problème et qui vous dit, un peu gêné, qu’il faut rappeler tous les mois pour avoir la même facture.

Ensuite, vous aggravez votre cas. Vous tentez un abonnement numérique, pour économiser un peu et sauver les castors. Au bout de 15 jours de liseuse flash, vous revenez à la raison (et soupçonnez un peu le secteur de saborder le truc…) et voulez revenir à du papier. Ben non ! Faut ouvrir un nouveau compte (là, je suis au téléphone), mais ça coince parce que vous êtes déjà dans le fichier ! Et faut un nouveau mandat SEPA ! Le même qu’il y a 15 jours. « Mais vous ne l’avez pas en informatique ? dis-je. – Mais c’est l’informatique qui le réclame, Monsieur ! ».

Là, j’ai raccroché, certain d’avoir entendu non pas le gestionnaire, mais la voix de Zeus. J’ai repris ma barre à mine et m’en suis retourné vers la sphère métallique, sans même un Ulysse à arnaquer, dans le piège du service client anachronique qui détruit son hôte…

Catégories :Leçons (im)pertinentes