Leçons (im)pertinentes

YouTube et le coiffeur du roi Midas

La mythologie selon Rhêtorikê – épisode 2

Midas était un juré d’une émission de télé-crochet, qui a retourné son fauteuil au mauvais moment et s’est retrouvé affublé d’oreilles d’âne, maudit par un concurrent malheureux. Du coup, son coiffeur avait beaucoup de mal à la faire, sa coupe au bol (il a inventé la coupe au broc pour l’occasion). Faute de « confessionnal » filmé, il dut creuser un trou dans le sol pour confier le terrible secret. Manque de bol, ou de broc, les roseaux se mirent à dévoiler le secret au gré du vent.

Alors, quel est le rapport entre les médias et notre bon roi Midas ?

Eh bien, c’est que l’homme est tout de même un animal étonnant. Après avoir arraché sa survie, puis dompté son environnement, il est finalement parti en Amérique, dans la faille des Philippines et sur la Lune. Puis, au XXIe siècle, il s’est un peu calmé et s’est contenté d’une machine Nespresso et de YouTube.

YouTube. LE site web qui a révolutionné les après-midi ennuyeuses au bureau, avec des concours édifiants de celui qui trouvera la vidéo de lolcat la plus horrible ou la vidéo de propagande djihadiste la plus kawaï. YouTube, cette petite fenêtre très utile aussi pour satisfaire votre quart d’heure de nostalgie honteuse à pleurnicher devant un clip de Benny B et de vous dire que, c’était quand même vachement mieux avant (c’est d’ailleurs totalement vrai).

YouTube, ça sert aussi à ce que n’importe quel Kubrick patenté puisse prouver à ses petits camarades son talent inné et injustement reconnu. Voire même à se trouver des camarades tout court, enfin on lui souhaite. Et à faire la manche aussi. Parce qu’au bout de 28 millions de clics sur sa vidéo anarcho-syndicaliste à dénoncer le Systêmeuh©, une charmante société américaine lui concédera 17 cents. En pesetas. D’Internet. Un vrai truc de Robin des bois.

Mais ce billet est parfaitement injuste.

YouTube, c’est d’abord un étonnant système de diffusion de médias. En effet, c’est exactement l’inverse de ce que les canaux traditionnels peuvent produire. Vous savez ? La série vantant une vie plus belle, benchmarkée en fonction du nombre de tonnes de croquettes pour chat et de pastilles nettoyantes pour dentier à vendre à la pause. Où des fois l’ambition artistique est poussée à faire vendre les deux en même temps ! On appellera ça la politique de la demande. Ça marche tellement bien que les chiffres de l’audimat prouvent que ce format « mainstream » arrive à ennuyer jusqu’à cinq personnes en même temps dans un foyer donné, qui donc se connectent en douce à YouTube sur leur smartphone. À quoi donc ? À la politique de l’offre ! Des millions de Youtubeurs qui poussent leur production sur le marché, sans aucune considération de débouché ! La magie d’Internet et la loi des grands nombres font le reste : pour chaque vidéo YouTube douteuse, il y a forcément un spectateur béat ! C’est ma-thé-ma-tique et exponentiel ! Le coiffeur de Midas et les roseaux en savent quelque chose (c’est là qu’on essaie de se raccrocher subtilement avec le premier paragraphe) !

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