Leçons (im)pertinentes

Les mots pour le dire

Voilà. Une fois de plus, vous ne parvenez pas à trouver le bon mot pour le dire. La faute à cette langue française, dont la variété et la richesse lui interdisent de tenir dans un dictionnaire faisant moins de 25 kg. Le Globish vous paraît tentant ? Et pourtant ! Trop complexe peut être bien moins grave que pas assez. C’est le sens de travaux des linguistes Alain Bentolila et Olivier Bertrand. 10 % de la population maîtriserait ainsi moins de 500 mots. Si l’on imagine facilement la difficulté de comprendre, on a tendance à sous-estimer le véritable enfermement de ne pouvoir se faire comprendre, la violence devenant alors un mode d’expression alternatif.

Des travaux qui trouvent un écho avec le fameux novlangue décrit par George Orwell dans 1984, et dont les formules alambiquées ne sont pas sans rappeler une certaine langue politique actuelle, dont le récent avatar est le politiquement correct. Quel sens donner à des termes, martelés quotidiennement et vidés de leur substance, comme « républicain » ou « durable » ? Que faire des expressions valises créées de toutes pièces, dont « vivre ensemble », ou des mots mal utilisés comme le verbe « sensibiliser » ?

Variante, la pauvreté linguistique peut aussi se nicher dans l’artificielle complexité des champs lexicaux techniques, souvent pour cacher une réalité qu’on n’aurait pas envie d’admettre. Le management par exemple. « Nos prévisions s’avèrent vraies : la croissance négative nous a amenés à redéployer nos ressources » veut tout de même dire qu’on a fait une charrette à cause d’une stratégie défectueuse, pourtant identifiée comme telle…

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